9 décembre 2018 – Les Chemins de Fer de la Corse sont-ils définitivement sauvés ?


Les rames double caisse 809-810, 805-806 et 817-818 AMG CFD photographiées en gare de Bastia, le vendredi 14 septembre 2018. Copyright : Michel Bozzola

Les Chemins de Fer de la Corse sont-ils définitivement sauvés ? Il faut l’espérer, car face à la liquidation des lignes dites « secondaires » de montagne à voie métrique organisée par les gouvernements français successifs depuis 1968 et cela avec la complicité active de la SNCF, des cheminots et leurs syndicats catégoriels, bien des incertitudes ont failli précipiter la Corse dans les ténèbres du tout automobile.

Adolescent, c’est dans la revue La Vie du Rail que j’ai découvert le train de ce département. En 1968, je l’ai découvert sur place, l’année où j’ai passé quatre mois en Corse. Depuis, je suis retourné régulièrement sur l’Île de Beauté.

Les différents tronçons du réseau ont été mis en service entre 1888 et 1935 à partir d’Ajaccio, Bastia et Calvi, la jonction des lignes s’effectuant à Ponte-Leccia. Dans la partie centrale de l’île, Corte, ville historique, choisie par Pascal Paoli comme capitale de la Corse indépendante (1755-1769), se trouve sur la section de la ligne Ponte-Leccia  – Ajaccio. La ligne de la côte est, Casammoza (au sud de Bastia) – Porto-Vecchio, qui devait être prolongée jusqu’à Bonifacio, ville située à la pointe sud de la Corse, n’a pas survécu aux destructions qu’elle a subies durant la guerre 1939-45, qui plus est, seule ligne de plaine, elle était fortement concurrencée par la route.

Cinquante après ma première excursion, les progrès sont visibles. Les gares d’Ajaccio et de Bastia ont été débarrassées de tous les véhicules du parc roulant retirés du service, stationnant bien souvent à l’état d’épave, qui faisaient ressembler les voies de débords à des dépôts de ferrailleurs. Les autorails ABH Renault de 1949, X 1200, X 2000 et X 5000 CFD, respectivement livrés en 1975-1976 pour les deux première séries et en 1981-1982 pour la troisième série, les remorques Billard et à méssageries CFD ne sont plus visibles sur le réseau. Je ne mentionne pas le parc d’origine, locomotives à vapeur et voitures type « Vivarais » retirées du service depuis des lustres. A ce jour, le service voyageurs est assuré par des rames double caisse AMG 800 livrées entre 2007 et 2010 et des autorails Soulé X 97000 avec leur remorque XR 9700 équipée pour la réversibilité livrés entre 1989 et 1997. Il reste toutefois un autorail corse  X 2003  CFD (année 1975) en circulation régulière mais sur les Chemins de Fer de Provence.

Après une demi-douzaine d’exploitants différents en 100 ans, en 1983, Charles Fiterman, Ministre des transports, voulant sans doute faire plaisir à ses camarades CGT-Cheminots (avec statuts !), confie à la SNCF la gestion des 232 km de voies ferrées du réseau corse, dont l’exploitation, à partir de la prise en main par cette société nationale de pompes funèbres ferroviaires, a connu des hauts et des bas, avec notamment l’ubuesque mise en service des premières rames double caisse AMG 800 qui n’étaient pas adaptées au gabarit des tunnels corses entre Ajaccio et Bastia.

L’espoir renaît quand prend fin la gestion par la SNCF en 2012 et la reprise en main par la Collectivité Territoriale de Corse. La fréquentation passe ainsi de 800 000 voyageurs annuels en 2012 à 1 170 000 voyageurs en 2017.

Actuellement sont assurés les services suivants  (source Wikipedia) :

  • quatre allers-retours sur la ligne principale Bastia – Ponte-Leccia – Ajaccio (158 km, meilleur temps de parcours entre les deux villes : 3 h 25) ;
  • un aller-retour partiel supplémentaire sur la ligne principale Corte – Bastia (77 km) ;
  • deux allers-retours sur la ligne de Ponte-Leccia à Calvi, avec origine / destination Bastia (120 km) ;
  • service suburbain Bastia – Casamozza (commune de Lucciana) avec 20 stations intermédiaires (20 km) ;
  • service suburbain Ajaccio – Mezzana (commune de Sarrola-Carcopino) avec 2 stations intermédiaires (12 km), depuis novembre 2009 ;
  • service touristique Calvi – L’Île Rousse de mai à octobre avec 18 stations intermédiaires (22 km), dit trains-tramways de la Balagne ou « Train des plages de la Balagne ».

Le renouveau est bien là : gares rénovées, tarifs et grilles horaires adaptés aux besoins de la population, entretien des ponts et viaducs, renouvellement des voies (rails et ballast), projets de développements du suburbain tant à Ajaccio qu’à Bastia sous forme de TCSP (Transport Collectif en Site Propre) rail et cela en complément des liaisons ferroviaires entre les villes corses. Dernièrement, la Collectivité Territoriale de Corse (CTC), propriétaire des Chemin de Fer de la Corse, a l’ambition de reconstruire la ligne ferroviaire entre Casamozza et Porto-Vecchio. C’est un projet, car bien sûr on est encore loin du lancement des travaux mais au moins on est convaincu que le président de l’assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, n’a pas l’intention de liquider le chemin de fer comme ont tenté de le faire la plupart de ses prédécesseurs avec la bénédiction de l’Etat français.

Tout le matériel roulant n’a pas été mis à la casse, outre le X 2003 en service commercial sur les Chemins de fer de Provence, 5 autorails CFD ont rejoint l’Ardèche (Chemin de fer du Vivarais) et un exemplaire à restaurer est parti au M.T.V.S de Crèvecœur-le-Grand en Picardie. De plus, le futur Musée du Train de la Corse s’ébauche à Lumio camp Raffali où  sont préservés et protégés les ABH 204 et 206 Renault, les autorails X 2004 CFD et Billard A150 D 111, 116 et 214 CFD,  et le locotracteur 114 baptisé « la bête de Calvi ».

Bien évidemment, on est bien loin du standard suisse, et il faudra aux élus une très forte volonté pour procéder aux améliorations nécessaires après les constatations de l’audit de la Cour des comptes rendu public le mercredi 18 avril 2018.

J’ai pu toutefois noter quelques approximations lors de mon séjour au mois de septembre 2018 : fiches horaires de l’ancien service en gare de Calvi, pas de fiches horaires à Bastia, totems d’information électroniques non fonctionnels en gare de Bastia et Calvi. Alors, malgré le profil montagneux des lignes, les aléas de la météo, la faible densité de la population, la saisonnalité de la demande de transport et la concurrence routière, avec la volonté des élus corses ce magnifique réseau ferré est promis à un bel avenir.

Info : Michel Bozzola

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